L’anxiété en soi n’est pas pathologique. Mais une anxiété excessive et quasi permanente depuis plusieurs mois n’est pas normale, surtout si elle retentit sur la vie familiale et professionnelle.
Les occasions d’être inquiet ne manquent pas dans la vie… L’inquiétude est une émotion normale, banale même, qui répond à un stress momentané (un examen ou un entretien d’embauche, par exemple) et disparaît rapidement avec la cause. Il en va tout autrement quand les accès d’anxiété se répètent presque tous les jours (voire plusieurs fois par jour) depuis plus de six mois et qu’ils sont impossibles à contrôler. Cette inquiétude excessive s’accompagne en plus de différents symptômes, physiques ou psychiques, témoignant d’une tension quasi permanente (surexcitation, irritabilité, troubles du sommeil, difficultés à se concentrer, fatigue, contractions musculaires…), et qui perturbent la vie de tous les jours et détériorent le climat familial et professionnel. En clair, si votre inquiétude s’envole avec ce qui l’a provoquée, c’est normal. En revanche, si vous vous tracassez toujours pour tout de façon exagérée, si vous imaginez toujours que le pire pourrait arriver, si cela vous occupe l’esprit sans pourvoir vous raisonner, vous souffrez peut-être d’un trouble anxieux généralisé. Il faut réagir pour ne pas le laisser s’ancrer et évoluer vers une véritable dépression, et pour soulager votre souffrance.
Une maladie à part entière
L’anxiété généralisée est en effet une vraie souffrance. Il ne faut pas la pérenniser mais consulter au plus vite, d’autant qu’elle entraîne fréquemment un abus d’alcool, lequel apaise dans un premier temps mais, à la longue, dégrade un peu plus encore la qualité de vie de la personne. L’anxiété généralisée n’est certes pas la dépression – avec tristesse profonde, idées noires, ralentissement, indifférence… - mais elle est maintenant reconnue comme une maladie à part entière qui se traite de manière spécifique. Ce n’est ni de l’anxiété « normale », ni de l’anxiété réactionnelle, consécutive à un événement particulier (deuil, chômage…), ni une phobie, ni un trouble obsessionnel compulsif (TOC). C’est aussi une maladie relativement fréquente : selon les estimations, elle touche environ 4 % de la population chaque année. Souvent des personnes de tempérament anxieux, et deux fois plus d’hommes que de femmes, surtout à partir de 30 ans.
Des symptômes physiques
La personne qui en souffre ne pense pas que son état soit pathologique, du moins au début, car il ne l’empêche pas de mener une vie en apparence normale. Elle ne réalise pas qu’elle réagit avec plus d’intensité que les autres aux menus soucis de l’existence, ou elle attribue son attitude au stress. Les proches quant à eux pensent qu’il s’agit d’un trait de personnalité s’affirmant un peu trop sous la pression des soucis. L’anxiété généralisée s’accompagne de symptômes physiques : tension musculaire, palpitations ou colite, spasmes gastriques… qui ne sont pas normaux. Ils doivent alerter l’entourage et mettre sur la voie.
on sait en effet qu’elle peut se compliquer en d’autres troubles anxieux (attaques de panique, trouble phobique…) ou d’épisodes dépressifs (dans 50 à 60% des cas), plus difficiles à soigner.
Quand consulter devient nécessaire
L’homéopathie, la phytothérapie et les médicaments de conseil – disponibles en pharmacie sans ordonnance – permettent de régler rapidement des troubles anxieux passagers. Mais si ceux-ci persistent et deviennent pénibles pour vous et vos proches, mieux vaut en parler, sans tarder, à votre médecin. Il tiendra compte de vos explications et de vos symptômes pour préciser le diagnostic. S’il s’agit d’une anxiété généralisée, il vous prescrira un traitement adapté.
La prise en charge de l’anxiété comporte trois volets : l’éducation du patient, le traitement médicamenteux et la psychothérapie. Le patient en effet doit savoir que tout le monde est vulnérable, mais de façon différente. Plus le seuil de vulnérabilité est bas, plus il est difficile de gérer son anxiété. Mais, il faut bien insister sur ce point, la guérison est possible, à condition de consulter au plus vite, de prendre correctement le traitement prescrit sans diminution ou arrêt non justifiés et de se faire suivre régulièrement.
Votre médecin vous demandera peut-être de diminuer votre consommation de café, de supprimer si possible l’alcool et le tabac, et de pratiquer régulièrement un exercice physique. Mais ces règles hygiéno-diététiques, au demeurant utiles, suffisent rarement à réduire l’anxiété quand celle-ci est bien ancrée. Bien souvent un traitement médicamenteux s’impose pour ne pas basculer dans la dépression.
Médicaments et psychothérapie :
Mais lequel? Les
anxiolytiques de la famille des benzodiazépines, classiquement indiqués dans les crises anxieuses, ne peuvent être prescrits que pendant une durée limitée (3 mois maximum). Au-delà, le risque d’accoutumance est élevé et le sevrage parfois difficile. Or l’anxiété généralisée dure par définition plus de 6 mois. D’autres médicaments, de la famille des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, arrivés dans les années 1980, n’ont pas cet inconvénient et sont donc plus adaptés aux troubles anxieux généralisés. Ils constituent un traitement de fond qui doit durer plusieurs mois, ne pas être interrompu trop tôt, et jamais sans le feu vert du médecin.
La psychothérapie, en particulier les thérapies cognitivo-comportementales, est un bon complément du traitement médicamenteux. Voire, dans certains cas, une alternative : c’est une aide précieuse pour apprendre au patient à maîtriser son anxiété. En clair, le psychothérapeute explique, échange avec son patient et lui propose des techniques (de relaxation par exemple) ou/et des exercices pour l’amener progressivement à modifier ses pesées et son comportement inadaptés. Objectif : faire face et réagir « normalement » aux difficultés de la vie quotidienne.
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